Les Britanniques implantent aussi au Canada une nouvelle conception de la relation au territoire, qu’ils divisent selon divers usages et fonctions. Le centre-ville, dorénavant institutionnel, est entouré de quartiers d’habitation constitués de rues résidentielles. Le magasin, lui, apparaît dans des secteurs ou sur des axes commerciaux. La périphérie de la ville est dévolue aux villas.
Ces villas incarnent l’attrait pour la nature qui se manifeste dans la Grande-Bretagne du XVIIIe siècle, déjà polluée par l’industrialisation. Le mouvement romantique naissant propose alors un nouveau genre esthétique : le pittoresque. C’est à travers celui-ci que les Britanniques découvrent la somptuosité des paysages du Bas-Canada, qu’ils représentent d’ailleurs dans maintes aquarelles.
Les villas leur permettent de prendre contact avec la nature. Nées d’un concept romain d’occupation du territoire, les villas adoptent d’abord la figure de véritables palais. Elles ressemblent en cela aux vastes demeures bourgeoises qui dominaient les exploitations agricoles romaines. Les villas des Britanniques épousent rapidement leur cadre naturel. Elles s’ouvrent sur de grands parcs et jardins par des portes-fenêtres. Sous le chaud climat des colonies du Sud, elles s’entourent de galeries et de vérandas.
Puis, les volumes rigides de la villa classique s’articulent et se découpent, tandis que le décor et les couleurs empruntent au registre de la nature. Bientôt, le vocabulaire gothique, jugé plus approprié au caractère pittoresque, consomme la fusion architecture-nature recherchée. Dès 1820, apparaît le cottage « orné », ainsi nommé lorsqu’il est l’œuvre d’un architecte. On le dit plutôt « rustique » lorsque le cottage naît de la maison de l’habitant, remaniée par le citadin pour ses besoins de villégiature.
D’abord périurbaines, les villas se déplacent, avec la villégiature, dans des régions de plus en plus reculées, comme le permet le développement des moyens de transport. Certaines villas, encore aujourd’hui éloignées des centres urbains, laissent mesurer l’appel de la nature qui commanda leur répartition sur le territoire.