Les faubourgs de Québec et de Montréal sont les premières excroissances périurbaines (banlieues) de la Nouvelle-France. Entre ville et campagne, le bâti y est moins dense et les maisons s’implantent isolément, précédées de marges de recul. Les maisons en bois y foisonnent, car les faubourgs ne sont pas soumis aux règlements de la ville.
Petit carré de bois d’un étage, couvert d’un toit à deux versants, la première maison de faubourg est celle que les règlements ont bannie de la ville à cause des risques d’incendie qu’elle représentait. Les faubourgs n’échappant pas à ce fléau, cette maison se métamorphose rapidement. Dès la fin du XVIIIe siècle, elle adopte l’habitat unifamilial, confort encore peu commun dans les villes. Très tôt, on tente d’y insérer le plan à hall central des grandes maisons bourgeoises. On le fait en réduisant, souvent de façon radicale, les proportions classiques du modèle. Puis, à mesure que s’accroît la population – composée surtout d’ouvriers et d’artisans –, les petites maisons faubouriennes gagnent en dimensions. Elles deviennent plus profondes, lorsque l’usage du corps de logis double se généralise. Elles s’élargissent aussi, devenant mitoyennes, ce qui exige la percée de portes cochères ouvrant sur les cours arrière, auxquelles on accédait jadis librement, entre les maisons.
Très populaire dans les faubourgs, le toit mansardé offre bientôt à ces maisons un deuxième étage habitable. Avec la densification, on exhausse éventuellement la maison par un second étage complet. À Montréal, d’abord, ce deuxième étage devient un logement à part entière ; un escalier y assure, dès lors, un accès direct depuis l’extérieur.
Puis, l’aisance aidant, le paysage bâti se métamorphose en entier. Les maisons lambrissées de planches se revêtent de brique, tandis que leurs toits en bardeau de bois se couvrent de tôle noire. Leurs rez-de-chaussée, témoins de l’urbanisation accélérée, s’adaptent à une vie de quartier plus active. Les épiceries, petits magasins et ateliers accaparent les coins de rues, puis les rues de ces faubourgs, dont ils caractérisent le paysage encore aujourd’hui.