Dès le milieu du XIXe siècle, l’industrialisation draine vers les villes des ouvriers en si grand nombre que, bientôt, la petite maison faubourienne ne suffit plus à les loger ; apparaît alors l’habitation ouvrière.
Les propriétaires des usines, les premiers, entreprennent de construire de véritables cités ouvrières. On en trouve quelques exemples précurseurs dès les années 1830, autour des chantiers navals de Québec, mais c’est à partir des années 1860 qu’elles se généralisent. Ces cités consacrent l’habitude, pour les travailleurs, d’habiter près des industries. Elles sont composées de maisonnettes souvent mitoyennes, selon le modèle des tenements britanniques, et cèdent bientôt la place à des logements superposés.
On construit ainsi, en grand nombre, des habitations sommaires en bois, dont la quantité commande bientôt le lotissement de rues entières. En témoigne le « village Hudon » à Hochelaga (Montréal). L’objectif étant d’occuper le sol de la façon la moins coûteuse possible, les marges de recul sont éliminées, ce qui entraîne la construction d’un escalier intérieur.
Puis, à Montréal d’abord, des promoteurs vont transformer cette habitation pour qu’elle soit à la fois plus salubre et plus rentable. Apparaissent alors les typiques duplex et triplex, dotés en façade d’une marge de recul qui reçoit galeries et escaliers extérieurs. À Québec, dans un milieu bâti déjà dense, on reconstruit plutôt, à la pièce, des maisons faubouriennes. Celles-ci, exhaussées et agrandies, deviennent des « maisons à logements multiples ».
Au XXe siècle toutefois, l’industrialisation investit de nouveaux territoires. Exploitant souvent des techniques de construction plus performantes, les industriels créent des quartiers, voire des «villes de compagnie » entières, comme à Val-Jalbert ou à Arvida. En 1925, la compagnie Alcoa, d’Arvida, bâtit 270 maisons en 135 jours. Des maisons ouvrières unifamiliales, comme celles qu’on y retrouve alors, restent cependant l’exception. Elles ne sont égalées que par les maisonnettes standardisées de la compagnie fédérale Wartime Housing Limited. Ces petites maisons, construites pour loger les ouvriers de la Seconde Guerre mondiale, caractérisent toujours les paysages de nombreuses villes canadiennes.