Les architectes ne se sont pas toujours intéressés aux maisons ou à l’habitat domestique. C’est que, d’une part, la profession d’architecte est assez récente au Québec. Avant 1830, un constructeur ou même son client pouvait s’arroger le titre d’« architecte » s’il était habile à représenter par le dessin la forme architecturale souhaitée. D’autre part, l’immense majorité des maisons construites dans le monde (au Québec aussi) relève de pratiques traditionnelles : les maisons, bâties par des hommes de métier, perpétuent des savoir-faire communs destinés à répondre à des besoins d’habiter qui évoluent lentement.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, l’architecte, selon la tradition française, tient ses connaissances des métiers de la pierre. Il ne prépare des dessins que pour guider la construction, lorsque le savoir-faire traditionnel ne suffit pas à la tâche : soit la maison commandée est particulière ou différente, soit son site pose problème, soit les matériaux ou les techniques mis en œuvre échappent à la compétence des ouvriers habituels. Les mêmes principes guident aussi les architectes après la Conquête ; ceux-ci, toutefois, sont plutôt issus des métiers du bois, comme le veut la tradition britannique.
Le raffinement de la pratique architecturale contribue à préciser le statut de l’architecte, plus qu’à élargir les champs d’intérêt de la profession. Au XIXe siècle, l’architecte acquiert une formation professionnelle en travaillant comme clerc (stagiaire ou apprenti) chez un architecte établi. Le plan devient l’outil qui lui permet de coordonner l’activité des corps de métiers sur le chantier et d’affirmer sa position dans un système de production d’architectures. La première école d’architecture n’ouvre toutefois ses portes qu’en 1896, à l’Université McGill.
À chaque époque, néanmoins, les maisons conçues par des architectes ont laissé des traces. Jadis, elles devenaient les prototypes de nouvelles dispositions qui, lorsqu’on les jugeait intéressantes, étaient aisément reprises ailleurs. Les ouvriers de ces chantiers novateurs avaient en effet renouvelé leurs habitudes et acquis de nouveaux savoir-faire.
C’est surtout après la Seconde Guerre mondiale que les architectes du Québec se sont intéressés à l’architecture domestique. La prospérité nouvelle a alors permis d’ériger plus de maisons cossues, qui justifiaient des honoraires professionnels. Simultanément, le développement de l’art et de l’architecture a valorisé le statut du créateur et de l’œuvre qui porte sa signature. Le paysage construit a ainsi vu apparaître des maisons singulières et originales, tantôt manifestes d’un nouvel art d’habiter, tantôt outils de promotion de l’esthétique de son auteur.